Ce matin, je suis intervenu en Commission des Finances à propos du rapport d’information présenté par le député Renaissance Charles Rodwell, rapporteur spécial de la mission Immigration, asile et intégration, sur « Les implications budgétaires des accords bilatéraux en matière de circulation, de santé et d’emploi des étrangers : l’exemple de l’Algérie ».
J’ai dĂ©noncĂ© un rapport truffĂ© de contre vĂ©ritĂ©s et de biais mĂ©thodologiques : plutĂ´t que de permettre un dĂ©bat Ă©clairĂ©, il ne vise au final qu’à nourrir l’instrumentalisation de notre relation Ă l’AlgĂ©rie par les populistes de droite et d’extrĂŞme droite.
Non, les familles de Français (conjoints, ascendants Ă charge etc) ne peuvent pas bĂ©nĂ©ficier directement d’un titre de sĂ©jour d’un an pour venir en France. Ils doivent nĂ©cessairement passer d’abord par un visa Schengen court sĂ©jour avant de pouvoir prĂ©tendre Ă un certificat de rĂ©sidence d’un an. En cela, la procĂ©dure est au final plus complexe que pour un demandeur de visa long sĂ©jour ayant valeur de titre de sĂ©jour d’un an dès l’arrivĂ©e sur le territoire national. Il y a la, Ă minima, une mĂ©connaissance flagrante des règles d’entrĂ©e sur notre territoire.
Non, 136 M€ de bourses ne sont pas accordés aux étudiants algériens. En 2023, le montant des bourses au niveau mondial était de seulement 92 M€. Il ne peut donc être de 136M€ pour la seule Algérie. En réalité le rapport reprend les chiffres de l’OCDE qui ne portent pas sur les bourses mais sur la valorisation des études en France dans le cadre de la comptabilisation de l’APD …
Non, il n’y a pas de corrĂ©lation entre politique de restriction, de dĂ©livrance des visas et coopĂ©ration migratoire. J’ai au contraire observĂ© une remontĂ©e de la coopĂ©ration migratoire Ă partir du moment oĂą la diplomatie a repris sa place. Nous Ă©tions alors en juin 2022, la visite d’État du prĂ©sident de la RĂ©publique avait eu lieu quelque temps après, en aoĂ»t. Étonnant d’ailleurs qu’un Ă©lu du clan prĂ©sidentiel contredise mĂŞme ce qu’avait fini par admettre le PrĂ©sident Macron : les sanctions sur les visas avaient Ă©tĂ© contre productives.
Enfin, j’ai interrogĂ© l’incongruitĂ© de la principale recommandation de ce rapport, Ă savoir la remise en cause de l’accord Franco-AlgĂ©rien de 1968 au titre de la rupture d’Ă©galitĂ© en matière de sĂ©jour. Quid de l’ensemble des accords conclus par notre pays et permettant d’autres exceptions au droit au sĂ©jour comme par exemple l’accord sur le sĂ©jour des Ă©tudiants canadiens ? Le rapporteur souhaite-t-il remettre en cause l’ensemble des accords mieux disant que le droit commun en matière de sĂ©jour ou souhaite-t-il le faire uniquement Ă l’égard de l’AlgĂ©rie ?
Bien d’autres biais et contre-vĂ©ritĂ©s ont Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©s Ă l’occasion de cette audition par l’ensemble de la gauche, qui a votĂ© contre la publication de ce rapport, qui loin de reflĂ©ter le sĂ©rieux que devrait ĂŞtre notre travail parlementaire, reflète d’abord Ă mon sens une vellĂ©itĂ© d’instrumentalisation Ă des fins populistes.
